Fiscalité des retraites françaises en Espagne : le guide 2026
- Un papa
- Article publié le
- Mis à jour le 21/10/2025
Chaque année, de nombreux retraités français choisissent de s’installer en Espagne pour profiter d’une retraite au soleil. En 2024, on estimait qu’environ 160 000 retraités français vivaient en Espagne pour y profiter de leur pension
Cependant, beaucoup ignorent où et comment ils doivent payer leurs impôts sur ces revenus. La fiscalité des retraites est un sujet crucial pour éviter les mauvaises surprises.
Cet article pédagogique vous guide pas à pas à travers les règles d’imposition des pensions françaises en Espagne, en toute simplicité. Nous verrons notamment où payer vos impôts de retraite selon votre situation (pension du secteur public ou privé), comment fonctionne la convention fiscale entre la France et l’Espagne, et comment éviter la double imposition.
Important : ce guide est pédagogique et ne remplace pas un avis personnalisé. Les règles (IRPF, seuils, délais) évoluent et varient selon la résidence, la Communauté autonome, la nature de la pension et vos autres revenus. Les simulateurs donnent des estimations indicatives : faites valider vos choix par un gestor ou un conseiller fiscal franco-espagnol avant toute déclaration ou changement de résidence. Aucune responsabilité ne saurait être engagée en cas d’erreur ou d’obsolescence.
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Convention fiscale France–Espagne : ce qu’il faut savoir
Une arme anti double imposition
Pour comprendre la fiscalité de votre retraite en Espagne, il faut d’abord connaître les grandes lignes de la convention fiscale signée entre la France et l’Espagne (accord du 10 octobre 1995).
Cette convention bilatérale vise à éviter la double imposition des revenus et à déterminer quel pays a le droit d’imposer tel ou tel revenu. En d’autres termes, elle répartit entre les deux États le pouvoir de taxation sur vos différentes sources de revenus, pour ne pas que vous payiez deux fois le même impôt dans chaque pays.
Dans le cadre des retraites, la convention prévoit différents traitements selon la nature de la pension : secteur privé ou public.
Elle s’appuie sur un principe simple : un revenu n’est généralement imposé que dans un seul pays, soit celui de la résidence fiscale, soit celui de la source du revenu, selon les cas. Ainsi, connaître ces règles permet de savoir où vous devrez déclarer et payer l’impôt sur votre pension française une fois résident en Espagne.
Avant d’entrer dans le détail, rappelons qu’en devenant résident fiscal espagnol (séjour de plus de 183 jours par an en Espagne, ou centre des intérêts économiques en Espagne), vous êtes en principe imposable en Espagne sur l’ensemble de vos revenus mondiaux. La convention fiscale vient alors préciser quels revenus la France peut encore imposer malgré votre expatriation, et lesquels reviennent à l’Espagne, afin d’éviter les doubles impôts.
Pensions publiques vs privées : où payer l’impôt ?
La distinction entre pension publique et pension privée est fondamentale pour savoir où payer l’impôt sur votre retraite.
Retraites du secteur privé
Pensions du secteur privé = retraite de la Sécurité sociale française, retraite complémentaire Agirc-Arrco, pension d’une entreprise privée, etc..
D’après l’article 18 de la convention fiscale, ces pensions de retraite ne sont imposables que dans l’État de résidence du bénéficiaire.
Autrement dit, si vous êtes retraité du privé et que vous vivez en Espagne, vos pensions françaises seront imposées uniquement en Espagne. La France, en tant que pays d’origine de la pension privée, n’imposera pas ces revenus. Vous n’aurez donc pas d’impôt sur cette pension à payer en France une fois résident espagnol.
Exemple : Marie, ancienne salariée du privé percevant une pension annuelle de 25 000 € de la France, sera imposée sur cette somme en Espagne selon le barème de l’impôt espagnol, et ne paiera pas d’impôt sur cette pension en France.
Retraite du secteur public
Pensions du secteur public = pensions versées par l’État français ou une collectivité publique : ex-fonctionnaire d’État, militaire, enseignant du public, ex-agent hospitalier, etc…
Celles-ci restent généralement imposables en France exclusivement. La convention (article 19) stipule en effet que les pensions versées par un État pour service rendu (retraite « publique ») sont taxables dans ce pays payeur uniquement. Concrètement, si vous êtes un ancien fonctionnaire français vivant en Espagne, votre pension civile ou militaire française continuera d’être soumise à l’impôt en France, pas en Espagne.
Exemple : Jean, ex-fonctionnaire retraité résidant à Alicante avec une pension de 30 000 € par an, restera imposé en France sur cette pension. Il devra continuer à la déclarer auprès du fisc français (en tant que non-résident) et payer l’impôt en France. L’Espagne n’imposera pas cette pension (voir toutefois ci-dessous le traitement pour éviter la double imposition).
Le cas complexe des citoyens espagnols avec une pension de retraite française du secteur public
La seule exception à la règle des pensions publiques concerne la nationalité.
Si le retraité du secteur public possède uniquement la nationalité espagnole et pas la nationalité française, alors sa pension publique française serait imposable en Espagne et non en France.
Cette situation est peu commune (elle supposerait par exemple qu’un fonctionnaire franco-espagnol ait renoncé à sa nationalité française pour devenir exclusivement espagnol). Pour l’immense majorité des retraités français en Espagne, on retient donc que les retraites de la fonction publique française sont imposées en France, et les retraites du privé imposées en Espagne.
Cas particuliers : revenus mixtes et résidence fiscale
Dans la réalité, de nombreux retraités ont des revenus mixtes ou des situations particulières qui méritent quelques précisions. Voici les principaux cas à connaître et comment les traiter fiscalement.
Retraité du privé avec des revenus immobiliers en France
Si, en plus de votre pension privée, vous percevez des loyers d’un bien immobilier situé en France, ces revenus locatifs restent imposables en France, même si vous résidez en Espagne.
La convention fiscale prévoit que les revenus tirés de biens immobiliers sont taxés dans le pays où le bien est situé. Ainsi, un appartement loué à Paris par un retraité vivant en Espagne sera imposé en France (prélèvements sociaux et impôt sur le revenu français sur les loyers).
Exemple : Michel réside fiscalement en Espagne et touche une pension privée de 20 000 € par an + 10 000 € de loyers d’un appartement à Lyon. Sa pension de 20 000 € sera imposée en Espagne (comme vu précédemment). Ses 10 000 € de revenus fonciers seront, eux, imposés en France (prélèvement à la source non-résident sur les loyers, puis régularisation via une déclaration de revenus en France).
Michel devra tout de même déclarer en Espagne ces revenus fonciers français, mais l’Espagne accordera un crédit d’impôt égal à l’impôt payé en France sur ces loyers, afin d’éliminer toute double imposition.
Autrement dit, il ne paiera pas deux fois : l’impôt français sur ses loyers s’imputera sur l’impôt espagnol calculé sur ces loyers (s’il y avait un surplus à payer en Espagne, Michel ne paierait que la différence).
Souvent, les revenus immobiliers de France sont exonérés d’impôt supplémentaire en Espagne grâce à ce mécanisme, tout en étant pris en compte pour calculer le taux effectif d’imposition global du foyer.
Retraité avec des revenus immobiliers en Espagne
Si vous possédez un bien locatif en Espagne, les loyers sont imposés en Espagne, puisque le bien s’y trouve. Cela ne pose pas de conflit puisque vous êtes résident en Espagne : ces loyers seront simplement ajoutés à vos autres revenus dans votre déclaration espagnole.
La France n’a aucun droit d’imposer ces revenus immobiliers situés en Espagne.
Exemple : Annie, résidente en Espagne, perçoit une pension publique française de 15 000 € (imposée en France) et 5 000 € de loyers d’un appartement à Valence (imposés en Espagne). Elle déclarera ses loyers au fisc espagnol et paiera l’impôt espagnol sur ces 5 000 €. Sa pension publique de 15 000 €, elle, restera taxée en France ; l’Espagne l’exonérera d’impôt sur cette somme, mais pourra l’intégrer dans le calcul du taux d’imposition applicable aux 5 000 € de loyers – exonération avec progressivité.
Ce mécanisme d’exonération avec prise en compte permet de conserver un taux d’imposition juste sur vos revenus espagnols en tenant compte de l’existence de votre pension, sans la taxer deux fois.
Changement ou hésitation sur la résidence fiscale
Certains retraités partagent leur temps entre la France et l’Espagne, ou s’installent en Espagne en cours d’année. Il est important de bien déterminer votre résidence fiscale principale. En général, c’est le pays où vous passez plus de 183 jours par an qui sera votre État de résidence fiscale.
Si vous vivez la majeure partie de l’année en Espagne, vous êtes normalement résident fiscal espagnol et devez y déclarer tous vos revenus (avec application des règles de la convention comme vu ci-dessus).
Inversement, si vous ne faites que de longs séjours touristiques en Espagne mais restez résident fiscal en France, vous continuerez à déclarer vos pensions en France.
En cas de doute, la convention fiscale prévoit des critères dits de “tie-breaker” (lieu du foyer permanent, centre des intérêts vitaux, nationalité, etc.) pour trancher entre la France et l’Espagne.
Il est fortement conseillé de choisir un pays de résidence et de s’y tenir pour éviter toute situation floue ou contentieux. Notez qu’un changement de résidence en cours d’année peut impliquer de remplir des déclarations fiscales dans les deux pays pour l’année du déménagement. Mieux vaut se faire accompagner d’un conseiller fiscal en cas de situation complexe.
Surtout, retenez que chaque type de revenu a son régime d’imposition défini par la convention. La pension privée est imposée en Espagne, la pension publique en France, les loyers dans le pays du bien immobilier. Grâce à des mécanismes de crédit d’impôt ou d’exemption, vous n’aurez pas à payer deux fois, mais vous devrez bien déclarer vos revenus dans chaque pays selon les règles pour bénéficier de ces allègements.
FAQ – Questions fréquentes sur la retraite en Espagne
Où déclarer ma retraite française si je vis en Espagne ?
- Pour une retraite du privé, l’Espagne a le droit d’imposer ce revenu. Vous déclarerez donc cette pension dans votre déclaration de revenus espagnole (modelo IRPF) et vous ne la déclarez pas en France (la France n’en imposera pas la part).
- Pour une retraite de la fonction publique française, c’est la France qui continue d’imposer cette pension. Dans ce cas, vous déclarez votre pension au fisc français (formulaire 2042 et éventuellement annexe 2047) en tant que non-résident, et vous paierez l’impôt en France sur cette pension-là. En Espagne, vous mentionnerez cette pension sur votre déclaration annuelle seulement pour information/taux effectif, mais elle y sera exemptée d’impôt (si vous n’avez pas d’autres revenus imposables en Espagne, vous pourriez même ne pas être tenu de la déclarer en Espagne).
Globalement, déclarez toujours vos revenus dans le pays où vous résidez, mais faites attention à la répartition France vs Espagne pour le paiement : pension publique déclarée en France (imposée en France), pension privée déclarée en Espagne (imposée en Espagne).
Les retraites publiques françaises sont-elles imposées en Espagne ?
Non, en règle générale les pensions publiques françaises ne sont pas imposées en Espagne.
La convention fiscale entre nos deux pays est très claire : une pension versée par l’État français (ou une collectivité publique française) à un retraité résidant en Espagne reste imposable exclusivement en France. L’Espagne n’appliquera pas d’impôt sur ces sommes.
La seule exception, rare, concerne le cas où le retraité aurait uniquement la nationalité espagnole (et pas la nationalité française) : dans ce cas spécifique, la pension publique serait imposable en Espagne. Pour la grande majorité des retraités français en Espagne, cette exception ne s’applique pas, ils conservent leur nationalité française – leurs pensions de fonctionnaires, militaires, etc., continuent donc d’être taxées en France.
Comment éviter la double imposition sur ma retraite ?
L’avantage de la convention fiscale franco-espagnole est qu’elle est justement conçue pour éviter la double imposition. Chaque revenu n’est imposable que dans un pays (sauf cas de figure particuliers où il y a une imposition partagée avec crédit d’impôt). Pour éviter de payer deux fois, assurez-vous de bien déclarer dans chaque pays selon les règles :
- Si un de vos revenus est imposé en France (par exemple une pension publique, ou des revenus fonciers de source française), vous devrez le déclarer en France et en informer le fisc espagnol dans votre déclaration annuelle, mais l’Espagne vous accordera un crédit d’impôt égal à l’impôt français payé sur ce revenu. Ainsi, ce revenu ne sera pas taxé une seconde fois en Espagne.
- Si un revenu est imposable en Espagne (pension privée, etc.), la France en général n’impose pas ce même revenu, ou bien elle l’exonère avec une mention pour le taux effectif. Par exemple, une pension privée française imposable en Espagne n’est pas soumise à l’impôt en France.
En pratique, pour éviter toute double imposition, il faut tirer parti des formulaires appropriés :
- la France utilise notamment le formulaire 2047 pour déclarer les revenus de source étrangère et appliquer les exemptions/crédits d’impôt selon la convention.
- L’Espagne de son côté prévoit dans sa déclaration IRPF des cases pour les déductions pour double imposition internationale.
N’hésitez pas à utiliser les services d’un conseiller fiscal spécialisé en expatriation pour vous aider la première fois. En suivant la convention, vous ne paierez chaque impôt qu’une seule fois dans le pays habilité, tout en restant en règle vis-à-vis des deux administrations.
Les retraités paient-ils moins d’impôts en Espagne qu’en France ?
La fiscalité espagnole est parfois perçue comme plus clémente, mais la réponse dépend beaucoup de votre niveau de revenus et de votre situation.
L’Espagne et la France ont toutes deux un impôt sur le revenu progressif avec des taux qui montent lorsque le revenu augmente.
Dans les tranches modestes :
- La France a l’avantage d’un abattement de 10 % pour frais professionnels sur les pensions et d’un seuil de revenu non imposable assez élevé (grâce à la décote et au système de parts du quotient familial)
- En Espagne, au contraire, l’imposition commence dès le premier euro (19 % dès 0 € jusqu’à 12 450 €), ce qui fait que pour de petits montants, un retraité peut payer un peu plus d’impôt en Espagne qu’il n’en aurait payé en France.
En revanche, pour les revenus plus élevés :
- l’Espagne peut s’avérer plus avantageuse : son taux maximum de 45 % s’applique aux revenus dépassant 60 000 € (voire ~47 % au-delà de 300 000 € dans certaines régions)
- En France le taux marginal de 45 % s’applique dès environ 168 000 € (pour une part). De plus, un retraité français résident en Espagne n’est pas assujetti aux prélèvements sociaux (CSG/CRDS) sur sa pension française, alors qu’il le serait en France (taux de CSG pouvant atteindre 8,3 % sur les pensions pour un retraité domicilié fiscalement en France). Cet aspect peut rendre la fiscalité espagnole plus douce pour certains.
Par ailleurs, certaines régions d’Espagne offrent des avantages fiscaux supplémentaires aux seniors (par exemple, Madrid a des réductions d’impôt régionales, la Communauté valencienne propose des cartes de réduction pour les +65 ans, etc., qui indirectement améliorent le pouvoir d’achat des retraités).
Comme toujours en matière de fiscalité, il n’y a pas de réponse universelle : pour un niveau de pension modeste, l’impôt français peut être plus faible ou similaire, tandis que pour des revenus élevés ou si on considère l’absence de CSG, beaucoup de retraités constatent un léger gain fiscal en Espagne.
Le choix de s’expatrier à la retraite ne devrait toutefois pas reposer uniquement sur l’impôt : le coût de la vie, le régime de santé, le patrimoine et d’autres facteurs sont à prendre en compte.
La bonne nouvelle est que l’Espagne n’applique pas d’imposition confiscatoire particulière sur les retraites étrangères : la plupart des retraités y trouvent un environnement fiscal stable et prévisible, souvent un peu plus favorable à patrimoine et revenus équivalents, sans oublier la qualité de vie qui n’a pas de prix.
Sources
- Convention fiscale entre la France et l’Espagne du 10/10/1995, Articles 18 et 19 (imposition des pensions privées en Espagne et des pensions publiques en France)
- Fiche “Vous résidez en Espagne” : liste des revenus de source française que les résidents d’Espagne doivent déclarer en France (pensions publiques, revenus immobiliers, etc.)
- Assemblée des Français de l’étranger (AFE) – Réponse du Ministère (2016) sur l’imposition des pensions militaires françaises en Espagne, précisant l’exonération en Espagne et l’élimination de la double imposition par la convention
- Agencia Tributaria (Espagne) – Fiscalité des résidents percevant des revenus de France (guide simplifié) : confirmation que les pensions privées françaises sont imposables en Espagne, tandis que les pensions publiques françaises sont exonérées d’IRPF (imposées en France). Également, traitement des revenus immobiliers situés en France avec crédit d’impôt en Espagne.
- BOFiP-Impôts, Convention France-Espagne : Modalités d’élimination de la double imposition (crédit d’impôt en France ou en Espagne selon le revenu). Détails sur l’obligation pour l’État de résidence d’éliminer la double imposition en accordant un crédit d’impôt égal à l’impôt payé dans l’autre État.




