La Loi Beckham en Espagne : mode d’emploi pour les expatriés

Régime Beckham Espagne 2025 : guide fiscal complet

La loi Beckham est un régime fiscal pour impatriés qui permet d’être imposé à 24 % sur les revenus de source espagnole.

Elle s’applique pendant six années fiscales et n’intègre pas vos revenus de source étrangère dans l’impôt en Espagne durant cette période.

L’objectif est d’attirer des talents qui s’installent pour travailler en Espagne, avec un cadre simple à comprendre et à mettre en œuvre.

Depuis 2023, le dispositif a été élargi pour mieux couvrir les nouvelles formes de travail, dont le télétravail international et l’entrepreneuriat innovant. Pour un Français qui arrive à Madrid avec un contrat local, ce régime peut alléger sensiblement l’IRPF des premières années.

 

Notre guide vous aide à vérifier votre éligibilité, à estimer le gain réel et à accomplir les démarches sans faux pas.

Pour tout savoir sur la fiscalité espagnole :

Qui peut en bénéficier et dans quels cas c’est pertinent

Peuvent en bénéficier ceux qui :

  • n’ont pas été résidents fiscaux en Espagne durant les 5 années précédant l’arrivée ;

     

  • deviennent résidents fiscaux (≥ 183 jours/an ou centre d’intérêts) ;

     

  • viennent travailler en Espagne sous contrat local ou comme administrateur d’une société espagnole (limites spécifiques si la société est patrimoniale).
    Depuis 2023 (Loi 28/2022 « Startups »), le régime s’étend aux télétravailleurs internationaux, entrepreneurs innovants (projet certifié par ENISA) et profils R&D. Les sportifs professionnels sont exclus depuis 2015.

De facto, les freelances/autónomos en sont exclus pour la plupart, pour en savoir plus, lisez notre article sur le statut des freelances en Espagne.

 

En pratique, ce régime devient intéressant à partir d’un revenu annuel votre taux moyen au barème classique dépasserait 24 %

C’est souvent le cas dès environ 60 000 € bruts selon situation familiale et communauté autonome. Pour des revenus plus modestes, le barème progressif et les abattements familiaux peuvent aboutir à un taux effectif inférieur à 24 %. Il faut donc comparer les deux scénarios avant de trancher. À Madrid, nous constatons que beaucoup de cadres et profils tech au-delà de 70–80 k€ brut tirent un avantage certain du régime.

Ce que change la loi Beckham sur vos impôts

Le point central est le taux fixe de 24 % sur vos salaires et revenus d’activité de source espagnole jusqu’à 600 000 €. La fraction au-delà de ce seuil est imposée 47 %

 

Vos revenus de source étrangère (salaires, dividendes, intérêts, loyers, plus-values) ne sont pas imposés en Espagne pendant la durée du régime. En revanche, les revenus de l’épargne de source espagnole (intérêts, dividendes, plus-values mobilières) restent taxés au barème de l’épargne des résidents, de manière proportionnelle, selon les seuils en vigueur.

 

La durée est de six exercices : l’année d’arrivée en Espagne (si vous y devenez résident fiscal) plus cinq années supplémentaires. À l’issue, vous basculez dans le régime général, avec imposition mondiale au barème progressif. Il est possible de renoncer avant le terme, mais on ne peut pas revenir au régime ensuite. Cette temporalité invite à planifier vos placements, vos bonus et vos éventuelles cessions d’actifs pour lisser au mieux la charge fiscale sur la période.

Démarches administratives : le pas à pas

  1. D’abord, vous obtenez votre NIE et vous vous inscrivez fiscalement auprès de l’AEAT via le Modelo 030
  2. Ensuite, vous optez pour le régime impatriés dans les six mois qui suivent le début d’activité en Espagne ou l’affiliation à la sécurité sociale, en déposant le Modelo 149 avec les justificatifs (contrat, attestation employeur, copies d’identité). 
  3. Après acceptation, l’administration émet une résolution et vous transmet un certificat. Vous donnez ce document au service paie pour appliquer la retenue à 24 %.

Chaque année, vous déposez une déclaration spécifique d’impatrié via le Modelo 151, sur le calendrier habituel des IRPF (généralement entre avril et juin pour l’année précédente). Si vous quittez l’Espagne ou si votre situation change avant la fin des six ans, vous devez le signaler et vous passez au régime général pour la suite. 

 

Pour éviter les retards, notre conseil est d’anticiper les pièces du dossier dès la signature du contrat, surtout si vous arrivez en été quand les délais peuvent s’allonger.

Famille, conjoint et enfants : comment ça marche

Depuis 2023, le régime peut aussi bénéficier au conjoint et aux enfants de moins de 25 ans (sans limite en cas de handicap) s’ils s’installent avec vous et s’ils remplissent eux-mêmes les conditions. 

 

Chacun doit opter séparément et sera imposé individuellement au taux forfaitaire sur ses revenus de source espagnole. La loi prévoit que la somme des bases imposables des membres associés au régime ne dépasse pas celle du membre principal, ce qui évite qu’une famille multiplie artificiellement l’avantage. En pratique, si seul l’un des parents travaille, l’autre n’a souvent pas d’intérêt immédiat à opter faute de revenus espagnols, mais il pourra le faire plus tard en cas de prise de poste éligible.

 

Pour les expatriés français, point utile : pas de déclaration commune englobant un membre au régime Beckham et un autre au régime général. Si le conjoint n’est pas éligible, ses revenus seront imposés au barème ordinaire. Cela peut réduire l’avantage global pour les familles qui, en régime classique, profiteraient d’abattements par enfant. Avant de choisir, nous recommandons de simuler les deux cas sur votre revenu cible de la première année à Madrid.

Avantages… et limites à considérer

Avantages

  • Fortes économies dès ~60 000 € de salaire annuel.
  • Pas d’impôt espagnol sur le patrimoine et revenus hors d’Espagne pendant le régime.
  • Procédure claire et retenue à la source adaptée par l’employeur une fois l’option acceptée. Lawants

Limites

  • Pas de déductions familiales ni de crédits d’impôt personnels : le 24 % s’applique sans abattements.
  • Peu intéressant pour salaires modestes dont le taux moyen peut être < 24 % au barème.
  • Durée limitée à 6 ans.
  • Attention aux règles du pays de source de vos revenus étrangers : l’Espagne ne donnant pas de crédit d’impôt sur des revenus qu’elle n’impose pas, vérifiez le risque de double imposition côté source.

Cas pratiques

1) Salarié envoyé à Madrid, 80 000 €/an

Sans Beckham : taux effectif autour de 33–34 % au barème.
Avec Beckham : 24 %, soit 19 200 € d’IRPF espagnol. Économie ≈ 7 800 € par an.

 

2) Cadre à 1 000 000 €/an

600 000 € à 24 % + 400 000 € à 47 %332 000 € (taux effectif ~33 %). Au barème ordinaire, l’addition approche 460 000 €. L’avantage reste massif mais diminue au-delà de 600 k€.

 

3) Famille avec deux enfants, un salaire à 90 000 €

Avec Beckham : 21 600 € d’impôt, pas de déductions familiales.
Au régime général : taux brut plus élevé, mais abattements enfants possibles. À ce niveau de revenu, le 24 % reste souvent gagnant. Point d’attention si l’autre parent travaille plus tard : il devra opter séparément s’il est éligible.

Madrid et la « loi Mbappé » : attention à ne pas confondre

Depuis 2024, la Communauté de Madrid a adopté un dispositif régional surnommé « loi Mbappé ». Il s’agit d’une déduction de 20 % sous conditions liées à des investissements financiers réalisés par de nouveaux résidents fiscaux

 

Ce mécanisme n’est pas la loi Beckham, ne concerne pas les droits à l’image, et ne modifie pas le taux forfaitaire de 24 %. C’est un bonus régional distinct qui peut s’ajouter si vous respectez les critères et le calendrier des investissements. Pour un impatrié qui s’installe à Madrid, cela mérite un examen, mais la logique et les formulaires restent séparés du régime impatriés national.

 

France vs Espagne : les points d’attention pour les expatriés

En Espagne, il n’existe pas de quotient familial comme en France. 

 

Les avantages pour enfants et charges se traitent autrement et, sous Beckham, ils ne s’appliquent pas. 

 

Côté revenus étrangers, la convention fiscale France–Espagne continue de déterminer où s’applique l’impôt, mais l’Espagne n’offrant pas de crédit d’impôt sur des revenus qu’elle n’impose pas, il faut vérifier le traitement en France de vos dividendes, loyers ou plus-values. Au moment du départ, pensez à notifier votre changement de résidence au fisc français et à demander un certificat de résidence fiscale espagnol une fois installé, utile pour sécuriser vos démarches bancaires et administratives.

 

Nos conseils pratiques avant d’opter

Nous vous recommandons de verrouiller le délai de six mois pour l’option et de préparer les pièces dès la signature du contrat. Faites une double simulation Beckham vs régime général si vous avez des enfants, des intérêts d’emprunt, ou un revenu proche du point d’équilibre. Coordonnez-vous avec votre employeur pour l’application rapide de la retenue à 24 % après l’acceptation. Pour les profils investisseurs qui arrivent à Madrid, étudiez aussi la déduction régionale si vos placements à venir sont éligibles.

Sources

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