Être freelance / Autónomo en Espagne : impôts, cotisations et TVA 2026

La fiscalité des freelance & Autonomos en Espagne - le guide

Vous voulez freelancer sous le soleil ibérique ? Le statut d’autónomo est la voie la plus directe. Pas de société à monter. Pas de capital. Vous vous inscrivez au RETA pour la Sécu et vous déclarez votre activité à l’Hacienda. Simple sur le papier, un peu procédurier en vrai. 

En tant qu’autónomo, vous cotisez chaque mois à la Sécu espagnole, et vous payez l’IRPF (impôt sur le revenu) sur votre bénéfice. C’est, en pratique, l’équivalent d’une entreprise individuelle.

À retenir : pas de plafond de chiffre d’affaires, des frais pro déductibles au réel, mais une cotisation mensuelle due même les mois creux. Du coup, anticipez votre trésorerie.

Petit aparté. Un graphiste français installé à Madrid résumait très bien : « en France, je payais quand je facturais, en Espagne, je paie tous les mois. J’ai appris à prévoir. » Rien de dramatique. Juste une nouvelle routine.

Si vous êtes actuellement freelance ou salarié(e) français(e) et que vous vous demandez comment venir travailler en Espagne lisez notre article dédié : être ou devenir freelance en Espagne.

Pour tout savoir sur la fiscalité espagnole :

Démarches d’inscription et obligations initiales

Étapes clés pour devenir autónomo

  1. Obtenir vos identifiants
    Si ce n’est pas déjà fait, procurez-vous un NIE (Numéro d’Identification d’Étranger) ainsi qu’un numéro de sécurité sociale espagnol NUSS. Ces deux numéros sont indispensables pour toute démarche administrative.

  2. S’enregistrer à la Sécurité sociale (alta RETA)
    Jusqu’à 60 jours avant le début d’activité, et au plus tard le jour J. Vous déclarez : NIE, date de début, code activité (CNAE/IAE), IBAN pour le prélèvement des cotisations.

  3. Déclarer l’activité au fisc (Hacienda)
    Formulaire 036/037 (déclaration censale). Vous y fixez l’IAE (code d’activité), vos régimes fiscaux et, si besoin, la demande de N° TVA intracommunautaire (ROI).

Astuce pro : faites l’alta Sécu et l’inscription fiscale le même jour. D’ailleurs, c’est ce que conseille la plupart des gestores. Ça évite les trous de couverture et les pénalités.

 

Checklist éclair

  • NIE et Sécurité sociale : Obtenir un NIE et un numéro de Seguridad Social (NUSS).

  • Alta Seguridad Social (RETA) : S’inscrire comme autónomo sur le portail Import@ss ou en personne (fournir NIE, NUSS, date de début, code d’activité, IBAN, etc.).

  • Inscription fiscale (Hacienda) : Remplir la déclaration censale (modèle 036/037) pour déclarer l’activité et obtenir un numéro de TVA intracommunautaire si nécessaire (ROI).

  • Licence et autres obligations : Le cas échéant, s’enregistrer auprès de sa mairie (ouverture d’établissement, licence municipale) et souscrire les assurances professionnelles obligatoires.

Ensuite ? Facturer proprement (numérotation, mentions légales), tenir vos livres (recettes/dépenses). En fait, un gestor vous fera gagner du temps et des nerfs. Prix courant : 50–100 € / mois. Correct.

Cotisations sociales et impôt sur le revenu (IRPF)

Cotisations sociales : la cuota de autónomo

Tout autónomo cotise au RETA. La cuota est mensuelle et prélevée sur votre compte, quel que soit le chiffre d’affaires du mois. Oui, même à 0 €.

  • Tarifa plana début d’activité : ~87 € / mois la 1ʳᵉ année (conditions de prolongation la 2ᵉ année si revenus < SMIC espagnol). Un vrai coup de pouce pour démarrer. (86 € + 0,8% de contribution de solidarité)

  • Après : cotisations par tranches de revenus nets (réforme 2023). Chaque tranche a une base minimale et un taux autour de 30%. Vous choisissez votre base dans la tranche. Flexible, donc optimisable.

Repères 2025 (base minimale choisie) :

  • Revenu net ≤ 670 € / mois~205 € de cotisation.

  • Revenu net ≈ 2 500 € / mois~425 €.

  • Revenu net > 6 000 € / mois~605 €.

Bon à savoir : ces cotisations sont déductibles fiscalement et ouvrent droit à la Sécu (santé publique, retraite, etc.).

 

Impôt sur le revenu (IRPF)

L’IRPF est progressif (19 % à 47 % selon les tranches). 

Les tranches nationales pour la déclaration de revenus 2023 (réalisée en 2024) étaient les suivantes :

  • 19 % de 0 à 12 450 € de revenu taxable

  • 24 % de 12 450 à 20 199 €

  • 30 % de 20 200 à 35 199 €

  • 37 % de 35 200 à 59 999 €

  • 45 % de 60 000 à 299 999 €

  • 47 % au-delà de 300 000 €

L’impôt sur le revenu porte sur le bénéfice net après déduction de vos charges pro. Deux mécaniques à intégrer :

  • Rétentions à la source sur factures B2B Espagne : 7 % la 1ʳᵉ année, 10 % la 2ᵉ, puis 15 % ensuite. Particularité du régime espagnol, l’autónomo peut avoir une partie de son IRPF prélevée directement sur ses factures. En effet, si vous facturez une entreprise ou un professionnel en Espagne, vous avez la possibilité d’ajouter une retenue d’IRPF sur la facture. Votre client reverse l’acompte à l’État.

  • Acomptes trimestriels (mod. 130) si vous n’avez pas assez de rétentions. Tout est régularisé lors de la déclaration annuelle.

Exemple simple (services, 30 000 € de CA, pas de frais, hors tarifa plana) :
Cotisations ≈ 5 100 € → revenu imposable 24 900 €IRPF ~ 3 500–4 000 €net ~ 21 000 €.

Une autre façon de voir : visez 20–30 % de prélèvements obligatoires (cotisations + IRPF) selon votre situation et vos frais déductibles. Pas sorcier. Mais à prévoir.

Frais pro déductibles


Loyer de bureau ou coworking, matériel, télécoms, déplacements, repas d’affaires (plafonds), honoraires, assurances… Même une quote-part du domicile si vous travaillez de chez vous. Et un forfait 5 % du bénéfice (plaf. 2 000 €) pour les « menus frais » difficiles à justifier.

 

Pensez à conserver toutes vos factures et justificatifs : en cas de contrôle, vous devrez prouver la nature professionnelle de chaque dépense. En optimisant vos déductions, vous réduisez d’autant l’IRPF dû.

TVA (IVA) et obligations comptables

Outre les cotisations et l’IRPF, le freelance espagnol doit gérer la TVA (IVA) et respecter certaines obligations comptables. Le système de TVA en Espagne est similaire à celui de la France sur le principe, avec toutefois quelques différences importantes pour les autónomos.

Le fonctionnement de l’IVA espagnole

  • Taux : 21 % (standard), 10% (taux réduit, par ex. pour l’alimentation) et 4% (taux super-réduit, sur les produits de première nécessité)
  • Déclaration trimestrielle via mod. 303 : TVA collectée – TVA déductible = TVA à payer (ou crédit).

  • Pas de franchise comme en France : en Espagne, TVA dès le 1er euro facturé en national. Ça surprend au début.

Clients à l’international

Bonne nouvelle pour les freelances qui travaillent avec des clients étrangers : si vous facturez des clients hors d’Espagne, vos prestations peuvent ne pas être soumises à la TVA espagnole. En effet, les ventes intracommunautaires (entre assujettis de pays différents de l’UE) sont en principe exonérées de TVA locale. Concrètement :

  • Clients B2B UE : facturation HT avec mention d’autoliquidation, si vous et votre client avez un n° de TVA intracommunautaire. Déclaration mod. 349. Attention, Cela suppose que vous vous inscriviez préalablement au ROI (Registro de Operadores Intracomunitarios) pour obtenir votre NIF-IVA commençant par “ES”. Une fois inscrit au ROI, vous êtes habilité à émettre des factures sans TVA vers l’UE.

  • Clients B2B Hors UE : prestations hors champ de TVA espagnole → factures sans TVA. Ces opérations extracommunautaires sont également à mentionner dans vos déclarations (formulaire 303, case export).

  • Clients B2C UE : en règle générale, TVA espagnole (sauf cas particuliers de services électroniques ou autres régimes spéciaux)

Résultat : travailler avec des clients étrangers peut vous épargner la facturation de l’IVA espagnole dans de nombreux cas. 

Attention, cela ne vous dispense pas des obligations déclaratives : 

  1. Si vous réalisez des opérations intracommunautaires, vous devez malgré tout déposer une déclaration 349 et indiquer le chiffre d’affaires correspondant, même si la TVA due est nulle. 
  2. Il reste nécessaire d’obtenir un N° TVA intracommunautaire (via le ROI) pour pouvoir facturer hors TVA en Europe. 

L’intérêt de cette exonération est double : simplification (pas de TVA à collecter) et compétitivité (vous facturez HT à vos clients étrangers). Et comme évoqué plus haut, vous pourrez quand même récupérer la TVA sur vos dépenses liées à ces ventes, ce qui est un avantage par rapport au régime auto-entrepreneur français.

 

Obligations comptables et déclaratives

Le statut d’autónomo impose une gestion administrative rigoureuse. Voici les principales obligations comptables et fiscales à respecter tout au long de l’année.

 

Tenue de registres

Vous devez tenir à jour vos livres comptables – a minima un livre des revenus (factures émises) et un livre des dépenses (factures d’achat, notes de frais), ainsi qu’un registre de TVA.

Conservation des justificatifs 5 ans. La facturation électronique devient la norme : adoptez un logiciel conforme (mentions légales, numérotation séquentielle…).

 

Rendez‑vous fiscaux

  • Trimestriels : 303 (TVA), 130 (acomptes IRPF si nécessaire). Éventuels 111 (rétentions versées), 115 (loyers pro). Échéances usuelles : 20/04, 20/07, 20/10, 20/01.

  • Annuels : 390 (récap TVA, informatif), 180/190 (rétentions), D100 (Renta – impôt sur le revenu).

Ces obligations peuvent sembler lourdes pour un indépendant, surtout comparées à la simplicité du régime micro-entreprise en France.

Il est donc crucial de s’organiser ou de faire appel à un professionnel. Des outils en ligne ou un gestor peuvent vous aider à automatiser les déclarations afin d’éviter les retards (sous peine de pénalités) et les erreurs. 

Cas pratiques et simulateurs

Consultant freelance gagnant 30 000 € par an : quel revenu net ?

Considérons un consultant indépendant en Espagne avec un chiffre d’affaires annuel de 30 000 € (prestation de services). Pour simplifier, supposons qu’il n’a pas de dépenses professionnelles significatives et qu’il a dépassé sa première année (plus de tarifa plana). Voici comment calculer approximativement son revenu net après charges et impôts :

  • Cotisations : ~425 € / mois5 100 € / an. D’après les tranches 2025, cela place notre consultant dans une tranche intermédiaire (aux alentours de 2 330–2 760 € par mois)

  • Revenu imposable : 24 900 €.

  • IRPF estimé : 3 500–4 000 € (célibataire, sans enfants).

  • Net annuel : ~21 000 €. Soit un taux de prélèvement global ~30%, assez proche du taux en France pour un indépendant de ce niveau de revenus.

À noter que s’il avait été micro-entrepreneur en France avec 30 000 € de CA, il aurait payé ~22% de cotisations (≈6 600 €) et environ 2 100 € d’IR après abattement, lui laissant ~21 300 € net – un résultat similaire. La différence, c’est qu’en France les charges sont proportionnelles au CA dès le premier euro (et nulles si CA=0), alors qu’en Espagne il y a ce forfait mensuel incompressible de cotisation.

Le levier évident pour un automo espagnol : déduire ses frais réels et piloter sa base de cotisation.

 

Freelance avec clientèle internationale

Dernier cas : vous êtes freelance en Espagne mais la majorité de vos clients sont à l’étranger (par exemple en France, en Belgique ou même hors UE). Comment gérer la facturation et la TVA dans ce contexte ? C’est une situation fréquente pour les prestataires en ligne (consultants, développeurs, graphistes, etc.), et elle est plutôt favorable du point de vue administratif.

  • B2B UE : factures HT + mod. 349.

  • Export hors UE : HT.

Travailler essentiellement avec une clientèle étrangère peut vous simplifier la vie fiscale : pas de TVA collectée => pas de TVA à payer (vos déclarations 303 seront souvent à zéro ou créditrices si vous avez de la TVA déductible sur vos achats). Vous devrez tout de même déposer la 303 et la 349, mais indiquer “0 €” à reverser n’a rien de traumatisant. 

 

De plus, vous pourrez récupérer la TVA espagnole sur vos dépenses (matériel, achats locaux) même si toutes vos ventes sont exonérées – car il s’agit d’opérations exonérées “avec droit à déduction” (contrairement au micro-entrepreneur français en franchise de TVA qui, lui, ne récupère rien). 

Attention toutefois : l’administration fiscale se montre parfois tatillonne et peut tarder à rembourser vos crédits de TVA. Armez-vous de patience si vous attendez un remboursement.

Simulateurs utiles

Comparatif micro‑entreprise (France) vs autónomo (Espagne)

Aspect

Micro-entrepreneur (France)

Autónomo (Espagne)

Obtention du statut

Inscription en ligne simple, SIRET immédiat, aucune charge sans CA.
Démarches auprès de la Sécurité sociale et Hacienda, NIE requis.

Cotisations sociales

Taux proportionnel du CA ; si CA = 0, cotisations = 0.
Montant fixe mensuel selon revenus ; de ~205 € à ~600 € minimum.

Impôt sur le revenu

Barème IR avec abattement forfaitaire ou option libératoire.
Barème IRPF progressif, acomptes trimestriels et régularisation.

TVA

Franchise en base jusqu’à un seuil, TVA non récupérable sous franchise.
Assujetti dès 1 € ; TVA récupérable ; exonération intra-UE/hors UE possible.

Plafond de CA

Plafonds annuels, sortie du régime si dépassement.
Aucun plafond ; passage en société possible par optimisation.

Frais professionnels

Non déductibles au réel (abattement).
Déduction effective des frais nécessaires à l’activité.

Formalités et compta

Très allégées, déclaration de CA en ligne.
Livres de comptes, facturation conforme, multiples déclarations.

FAQ (Foire aux questions)

Combien “coûte” le statut d’autónomo ?

Comptez une cuota mensuelle variable selon vos revenus (repères 2025 : ~205 € à ~600 € mini après la 1ʳᵉ année). Nouveaux inscrits : tarifa plana ~87 € / mois la 1ʳᵉ année, parfois prolongeable une 2ᵉ. Ajoutez l’IRPF annuel sur votre bénéfice. En pratique, 20–30 % de votre revenu brut peuvent partir en cotisations + impôts, selon vos déductions et votre foyer. À affiner avec un simulateur.

 

Quel impôt pour un freelance en Espagne ?

L’IRPF, progressif (19 % → 47 %). Il s’applique sur le bénéfice. Vous versez des acomptes trimestriels (mod. 130), sauf si vos clients appliquent assez de rétentions. La déclaration annuelle ajuste tout en fonction de votre situation.

 

Comment fonctionne la TVA (IVA) ?

 Comme en France dans l’esprit : vous collectez et déduisez. Différence majeure : pas de franchise en Espagne. Déclaration trimestrielle 303. Si vous facturez à des pros de l’UE avec ROI, vous n’ajoutez pas de TVA (autoliquidation). Export hors UE : HT.

 

Micro‑entreprise FR vs autónomo ES : les 4 différences majeures ?

  1. Cotisations : % du CA en France vs mensuel fixe en Espagne.

     

  2. TVA : franchise en France vs TVA dès 1 € en Espagne.

     

  3. Plafond : limites de CA en micro vs aucun plafond en autónomo.

     

  4. Frais : abattement forfaitaire en micro vs frais réels déductibles en autónomo.

     

Quels frais sont déductibles ?

Tout ce qui est nécessaire à l’activité et dûment justifié : loyer/local ou part du domicile, coworking, matériel, logiciels, téléphone/internet, déplacements, repas d’affaires (plafonds), assurances, honoraires, cotisations pro… + forfait 5 % du bénéfice (plaf. 2 000 €) pour les petits frais.

 

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