Travailler en Espagne en freelance : statut autónomo, visa et fiscalité (2026)

Autónomo en Espagne pour Français - inscription RETA, impôts et charges réelles

Si vous lisez ces lignes, il y a de grandes chances que vous ayez déjà tapé « visa digital nomad Espagne » dans Google en vous demandant si ce fameux Visa Digital Native était le sésame pour venir travailler au soleil, avec votre laptop en terrasse et un café con leche devant vous.

Spoiler : si vous êtes français, ce visa n’est pas pour vous… et c’est une excellente nouvelle.

Vous n’avez pas besoin de visa pour vivre en Espagne, ni pour y travailler en freelance. Vous avez mieux qu’un visa : vous avez votre passeport européen. En revanche, là où ça se complique, c’est côté fiscalité, statuts (autónomo, micro, portage)Loi Beckham, et toutes ces petites bombes administratives qui peuvent vous coûter cher si vous vous loupez.

Dans cet article, vous allez découvrir :

  • Pourquoi le visa Digital Nomad ne s’applique pas aux Français, et pourquoi c’est un faux problème.

  • Comment vous installer légalement en Espagne comme freelance sans vous griller auprès des impôts espagnols (ni français).

  • Ce que change vraiment le passage en autónomo : démarches, cotisations, impôts, et accès à la Loi Beckham à 24%.

  • Des cas concrets de freelances français (micro, portage, SARL) qui déménagent en Espagne, avec des chiffres lisibles noir sur blanc.

  • Un bonus pour vos amis non-européens : un mini-guide sur le vrai visa Digital Nomad (cette fois pour eux, pas pour vous).

Si vous voulez arrêter de scroller des threads Reddit angoissés et enfin comprendre comment vous installer en Espagne sans faire n’importe quoi, cet article est pour vous.

Ce qu’il faut retenir de l’article

Français  (ou membre de l’UE) = pas besoin de visa. Le visa Digital Nomad est réservé aux non-EU (USA, Canada, Australie). Vous avez le droit de libre circulation : vous pouvez vivre et travailler en Espagne sans autorisation.

Vos 4 options : 

(1) Devenir autónomo en Espagne — option recommandée, accès santé publique + Loi Beckham possible.

(2) Rester salarié français en télétravail — faisable si employeur accepte, attention résidence fiscale 183 jours.

(3) Portage salarial français — sécurisé mais très coûteux (vous perdez 50%+ de ce que vous facturez).

(4) Garder votre micro-entreprise française — possible uniquement avec formulaire A1 pour mission temporaire (max 24 mois). Illégal pour installation permanente 183+ jours.

 

Les démarches-clés : NIE → Padrón → RETA (autónomo) → compte bancaire → gestor (comptable).

La fiscalité des autónomos : Vous payez le RETA (€217–€796/mois selon revenus, gelé 2026) + IRPF (19–47% progressif) + IVA si applicable.

La loi Beckham (24% forfaitaire pendant 6 ans) est réservée à :

  • ✅ Salariés d’entreprise espagnole

  • ✅ Directeurs/cadres (< 25% capital société)

  • ✅ Entrepreneurs avec certification ENISA (startup innovante)

  • ✅ Travailleurs visa Digital Nomad (contrat employeur étranger)

  • ❌ Autónomos/freelances classiques (développeurs, consultants, designers, traducteurs, etc.)

Deadline critique : 6 mois après signature contrat.

Qui sont les profils gagnants : 

Portage salarial → autónomo (€70–90k CA) : gain +€28–30k net/an 🎯
SARL/EURL → autónomo (€80–100k+ CA) : gain +€10–20k net/an
Micro-entreprise → autónomo (€50–60k CA) : France reste souvent mieux fiscalement (-€3–5k/an), mais Espagne gagne sur légalité si vous vivez réellement 183+ jours en Espagne

Les pièges à éviter : 

(1) Penser que vous pouvez accéder à Beckham en tant qu’autónomo classique — c’est faux, sauf certification ENISA (très difficile)

(2) Garder micro française + vivre 200j+ en Espagne — illégal après 24 mois ou si résidence fiscale espagnole

(3) Ne pas fermer votre micro/SARL française — obligation légale si résidence fiscale Espagne 183+ jours

(4) Si vous devenez salarié espagnol : rater la deadline Beckham de 6 mois — vous perdez définitivement l’accès au régime 24%

Avertissement important

Cet article a une vocation purement informative et journalistique. Il vise à vulgariser des informations complexes en matière de fiscalité, de droit du travail et de résidence pour aider les freelancers français à mieux comprendre leurs options lorsqu’ils envisagent de s’installer en Espagne.

⚠️ Cet article n’a aucune valeur légale et ne constitue en aucun cas un conseil juridique, fiscal ou comptable personnalisé.

Chaque situation est unique. Les règles fiscales et sociales évoluent régulièrement, et leur application dépend de nombreux facteurs personnels : votre activité, vos revenus, votre situation familiale, vos clients, la durée de votre séjour, vos actifs, etc..

Pourquoi consulter un professionnel ?

L’installation en Espagne en tant que travailleur indépendant touche à des domaines particulièrement sensibles :

  • Résidence fiscale : règle des 183 jours, traité de double imposition France-Espagne

  • Cotisations sociales : URSSAF vs RETA, formulaire A1, détachement

  • Statuts professionnels : micro-entreprise, autónomo, SARL, portage salarial

  • Optimisation fiscale : Loi Beckham, IRPF, déductions, IVA

  • Risques de redressement : des deux côtés de la frontière

Une erreur peut coûter cher : double imposition, amendes, perte de droits sociaux, redressements fiscaux rétroactifs.

À qui vous adresser ?

Avant de prendre toute décision d’installation, nous vous recommandons vivement de consulter :

En France :

  • Un expert-comptable spécialisé dans l’expatriation et la fiscalité internationale

  • Un avocat fiscaliste connaissant le droit franco-espagnol

  • Votre URSSAF pour clarifier votre situation sociale (formulaire A1, radiation, etc.)

  • Les impôts français (impots.gouv.fr) pour votre déclaration de changement de résidence fiscale

En Espagne :

  • Un gestor ou asesor fiscal espagnol (comptable spécialisé pour les étrangers)

  • Un abogado (avocat) spécialisé en droit fiscal et immigration si votre situation est complexe

  • L’Agencia Tributaria pour toute question sur vos obligations fiscales espagnoles

  • Un cabinet bi-national France-Espagne si vous avez des revenus ou actifs dans les deux pays

Idéalement : consultez un professionnel dans les deux pays pour sécuriser votre transition et éviter les zones grises.

Notre engagement

Nous mettons tout en œuvre pour que les informations de cet article soient exactes, à jour (janvier 2026) et sourcées auprès de références officielles. Cependant, nous ne pouvons être tenus responsables des conséquences d’une décision prise uniquement sur la base de cet article.

Utilisez cet article comme un point de départ pour comprendre les enjeux, puis faites-vous accompagner par des professionnels qualifiés pour votre situation spécifique.

Table des matières

Visa Digital Nomad Espagne : Pourquoi les Français ne sont pas éligibles

Vous avez entendu parler du Visa Digital Native et vous avez cru que c’était la solution magique pour vous installer légalement en Espagne en tant que freelance français. Mauvaise nouvelle (mais aussi bonne nouvelle) : ce visa n’est pas pour vous.

Voici pourquoi, et ce que vous pouvez faire à la place.

Le Visa Digital Native (DNV) a été créé en 2023 par le gouvernement espagnol dans le cadre de la Loi de Startups. C’est un visa excellent. Mais il est exclusivement réservé aux ressortissants non-EU/EEA : les Américains, Canadiens, Australiens, Japonais, etc.. Les Français ? Non. Les Allemands ? Non. Les Italiens ? Non.

En tant que citoyen français, vous avez déjà un droit bien plus puissant : le droit de libre circulation au sein de l’Union Européenne. Vous n’avez besoin d’aucun visa pour vivre et travailler en Espagne. Point.

Mais alors, comment s’installer légalement et à titre fiscal comme freelance français en Espagne ? C’est exactement ce que ce guide couvre : la vraie procédure, les vrais coûts, et les vrais pièges.

Les droits des citoyens de l’Union Européenne

En tant que citoyen français, vous êtes citoyen de l’Union Européenne. Cela signifie que vous avez des droits que les Américains, Canadiens ou Australiens n’ont pas :

  • Droit de vivre en Espagne sans visa : Aucune autorisation de résidence nécessaire

  • Droit de travailler en Espagne : Employé, freelance, entrepreneur, peu importe

  • Droit de circuler : Pas de restriction Schengen pour vous (contrairement aux tiers-pays avec 90 jours max)

  • Droit égal aux ressortissants espagnols : Mêmes droits d’accès au système de santé, retraite, etc.

Le Visa Digital Native ? Il a été créé pour contourner ces restrictions qui s’appliquent aux tiers-pays. Vous, vous ne les avez pas.

Donc que devez-vous faire pour vous installer légalement en Espagne ?

Rien de magique. Juste les démarches administratives standard :

  1. Arriver en Espagne (vous pouvez y rester indéfiniment)

  2. Vous enregistrer auprès des autorités locales (Padrón + NIE)

  3. Vous enregistrer auprès des autorités fiscales et sociales (RETA si freelance)

C’est tout. Pas de visa, pas de deadline de demande au consulat, pas de bureaucratie visa. Vous êtes déjà légal.

 

Mais attention : Légal ≠ Fiscal

Ici réside le piège que beaucoup de freelances français commettent : vous êtes légal pour vivre en Espagne, mais vous avez AUSSI une obligation fiscale. Si vous restez 183 jours+ en Espagne dans une année civile, vous devenez résident fiscal espagnol. Et ça change tout pour vos impôts.

C’est pour ça que le reste de ce guide existe : clarifier la procédure complète, les obligations fiscales, et comment optimiser votre situation (Beckham Law, RETA, IRPF, etc.).

Vous pouvez également lire :

Freelance français en Espagne : 4 options légales (Autónomo, Salarié, Portage, Auto-entreprise française)

Vous n’avez pas besoin de visa, mais vous avez plusieurs statuts professionnels possibles en Espagne. Lequel choisir ?

Option 1 : Autónomo (Freelance Espagnol) – ⭐ LA PLUS COMMUNE

C’est quoi ? Vous vous enregistrez auprès des autorités espagnoles en tant que travailleur indépendant (autónomo). Vous avez un statut officiel en Espagne, avec obligations fiscales et sociales.

Avantages :

  • Totalement légal et transparent

  • Accès au système de sécurité sociale public espagnol (santé, retraite, invalidité)

  • Pas de limite de chiffre d’affaires

  • Éligibilité à la Loi Beckham (24% forfaitaire pendant 6 ans) si conditions remplies

  • Déductions fiscales complètes

Inconvénients :

  • Cotisations RETA obligatoires (€217–€700+/mois selon revenus, gelées en 2026)

  • Charges administratives (déclarations trimestrielles, comptabilité, etc.)

  • Registre RETA obligatoire dans les 60 jours

Qui ? Les freelances sérieux qui veulent s’installer durablement en Espagne

Option 2 : Rester salarié français en télétravail depuis l’Espagne

C’est quoi ? Vous gardez votre CDI français, mais vous demandez à votre employeur d’autoriser le télétravail depuis l’Espagne. Vous n’avez pas de « statut professionnel » en Espagne officiel.

Avantages :

  • Pas de charges RETA

  • Salaire stable

  • Droits sociaux français (chômage, retraite, etc.) potentiellement maintenus

  • Moins de paperasse

Inconvénients :

  • Employeur peut refuser (droit légitime)

  • Double taxation potentielle (revenu imposable en Espagne aussi, traité DTA à vérifier)

  • Résidence fiscale Espagne après 183 jours = obligations worldwide

  • Pas d’accès Beckham Law généralement (sauf cas spécial)

  • Flou légal pour l’employeur français (responsabilités, assurances)

Qui ? Les salariés avec employeur flexible, transition temporaire

Option 3 : Portage Salarial depuis la France, avec base en Espagne

C’est quoi ? Vous restez « employé » d’une entreprise de portage française, mais vous habitez en Espagne et vous travaillez pour des clients espagnols/internationaux.

Avantages :

  • Couverture sociale française complète

  • Droit au chômage français

  • Pas de gestion RETA

  • Légalement « salarié » français

Inconvénients :

  • Frais portage très élevés (7-10% CA + 40-45% cotisations patronales)

  • Double taxation très probable (imposable France ET Espagne)

  • Minimum salaire portage : €2,517/mois

  • Perte potentielle droits sociaux si longue absence de France

  • Complexe légalement si activité principale hors France

Qui ? Transitoire, pas recommandé en durée longue

Option 4 : Continuer en micro-entreprise française depuis l’Espagne

Deux scénarios possibles :

✅ Scénario A : Mission temporaire avec A1 (< 24 mois)

C’est quoi ? Vous partez en Espagne pour une mission professionnelle temporaire (projet client, collaboration, etc.) tout en gardant votre micro-entreprise française.

Conditions strictes :

  • Durée maximale : 24 mois

  • Micro-entreprise existante depuis 2+ mois avant départ

  • Demande de certificat A1 à l’URSSAF avant départ

  • Vous restez < 183 jours/an en Espagne (sinon résidence fiscale espagnole)

  • Vous rentrez en France après la mission

Avantages :

  • Gardez affiliation URSSAF française

  • Cotisations sociales françaises (24.2% flat)

  • Accès santé publique française via S1 en Espagne

Inconvénients :

  • Limité à 24 mois maximum

  • Nécessite anticipation et démarches A1

  • Si vous dépassez 183j/an en Espagne : résidence fiscale espagnole (impôts à payer en Espagne même avec A1)

Verdict : ✅ LÉGAL mais TEMPORAIRE


❌ Scénario B : Installation permanente en Espagne (183+ jours/an)

C’est quoi ? Vous voulez vivre en Espagne à long terme (plusieurs années, centre de vie en Espagne) mais garder votre micro-entreprise française.

Pourquoi c’est illégal :

  1. Résidence fiscale espagnole : Si vous passez 183+ jours/an en Espagne, vous devenez résident fiscal espagnol

  2. Obligation déclaration Espagne : Vous devez déclarer tous vos revenus (dont micro-entreprise) à l’Agencia Tributaria

  3. Le A1 ne change rien : Même avec A1, si vous êtes résident fiscal espagnol, vous devez payer impôts en Espagne

  4. Micro-entreprise incompatible : Après 24 mois max, vous ne pouvez plus justifier le A1 comme « mission temporaire »

Les risques :

  • Double imposition (France ET Espagne demandent impôts)

  • Redressement fiscal espagnol (revenus non déclarés)

  • Contestation A1 par Agencia Tributaria

  • Perte couverture sociale (si A1 révoqué)

Verdict : ❌ ILLÉGAL sur le long terme

La seule option légale : Fermer la micro française et devenir autónomo espagnol

Situation
Durée
A1 ?
Résidence fiscale
Cotisations
Impôts
Légal ?
Mission temporaire
< 24 mois
✅ Oui
France (< 183j/an)
France
France
✅ OUI
Mission temporaire longue
< 24 mois
✅ Oui
Espagne (183+ j/an)
France
Espagne
⚠️ Complexe mais OK
Installation permanente
2+ ans
❌ Non (expiré)
Espagne
Espagne (RETA)
Espagne
❌ NON - devenir autónomo
Installation + renouvellement A1
2+ ans
⚠️ Fraude
Espagne
France (illégal)
Espagne
❌ NON - illégal

Devenir Autónomo en Espagne : Procédure complète (NIE, RETA, Padrón)

Puisque vous allez probablement choisir le statut d’autónomo, voici la procédure complète, étape par étape. Spoiler : il y a des formulaires. Beaucoup de formulaires. Mais rassurez-vous, c’est quand même moins kafkaïen qu’une demande de carte Vitale française.

Étape 1 : Obtenir votre NIE (Número de Identidad del Extranjero)

Qu’est-ce que c’est ? Le NIE, c’est votre nouveau numéro magique. Sans lui, vous n’êtes rien en Espagne. Pas de compte bancaire, pas de contrat de location, pas de possibilité d’acheter un vélo d’occasion sur Wallapop. C’est votre carte d’identité fiscale et administrative.

Imaginez-le comme votre passeport pour la vie administrative espagnole. Et contrairement à la France où tout prend trois semaines minimum, en Espagne, vous pouvez obtenir votre NIE le jour même si vous vous y prenez bien.

Comment l’obtenir ?

 

Option A : Avant d’arriver en Espagne (au consulat espagnol en France)

Si vous êtes du genre prévoyant (ou anxieux, on ne juge pas), vous pouvez demander votre NIE depuis la France. Rendez-vous au consulat espagnol le plus proche de chez vous avec votre passeport, deux copies, et environ €10 en poche. Ils vous enverront votre NIE par courrier sous une à deux semaines.

L’avantage ? Vous arrivez en Espagne avec votre NIE en main, prêt à conquérir le monde (ou au moins à ouvrir un compte chez BBVA).

 

Option B : Après arrivée en Espagne (Policía Nacional)

Si vous préférez vivre dangereusement et tout faire sur place, direction la Comisaría de Policía la plus proche. Attention : en Espagne, tout se fait avec cita previa (rendez-vous en ligne). Pas de rendez-vous = pas de NIE = vous rentrez bredouille.

Prenez rendez-vous sur le site de la police nationale, présentez-vous avec votre passeport, remplissez le formulaire EX-15 (disponible sur place ou en ligne), payez la Tasa 790 d’environ €10, et hop : NIE délivré immédiatement ou sous 10 jours maximum.

Timing recommandé : Avant arrivée si possible, sinon dans les premiers jours en Espagne.

Pour plus de détails : lire notre guide complet NIE

 

Étape 2 : Vous enregistrer au Padrón (Résidence Locale)

Ah, le Padrón. C’est ce truc typiquement espagnol que personne ne comprend vraiment au début, mais qui devient vite indispensable.

Qu’est-ce que c’est ? Le Padrón, c’est votre inscription à la mairie de votre quartier (Ayuntamiento). En gros, vous dites officiellement : « Eh, je vis ici maintenant, dans ce quartier précis, dans cet appartement précis. » C’est un peu comme déclarer votre domicile, mais en version espagnole ultra-locale.

Pourquoi c’est important ? Parce que sans Padrón, vous n’existez pas vraiment aux yeux de l’administration espagnole. Vous voulez accéder à la santé publique après votre inscription RETA ? Padrón requis. Vous voulez ouvrir un compte bancaire sérieux ? Ils vont vous demander votre certificat de Padrón. Vous voulez prouver que vous vivez bien en Espagne 183 jours par an pour la résidence fiscale ? Padrón.

Comment faire ?

Rendez-vous à votre mairie de quartier (chaque quartier a généralement son propre Ayuntamiento ou point d’empadronamiento). Apportez :

  • Votre passeport ou NIE

  • Votre contrat de location (original + copie)

  • Si vous êtes hébergé gratuitement : une autorisation écrite du propriétaire + sa pièce d’identité + son certificat de propriété

Vous remplissez un formulaire simple sur place, et bam : vous recevez votre certificado de empadronamiento immédiatement. C’est gratuit, rapide, et étonnamment indolore.

Le fun fact : En Espagne, quand vous déménagez d’un quartier à l’autre, même dans la même ville, vous devez vous réinscrire au Padrón de votre nouveau quartier. Oui, même si vous déménagez de Malasaña à Chueca à Madrid (10 minutes à pied). Les Espagnols adorent savoir exactement où vous êtes.

Timing : Dès que vous avez un logement stable, dans les 15 jours idéalement.

 

Étape 3 : S’Enregistrer à la RETA (Régimen Especial de Trabajadores Autónomos)

On arrive au boss de fin de niveau : la RETA.

Qu’est-ce que c’est ? La RETA, c’est le registre officiel des travailleurs indépendants en Espagne. En gros, c’est l’équivalent de votre inscription URSSAF en France, mais avec un acronyme beaucoup plus cool. Si vous voulez bosser légalement comme freelance en Espagne, vous devez être inscrit à la RETA. Pas de RETA = pas de facturation légale = amendes si vous vous faites prendre.

Quand s’inscrire ? Théoriquement, vous devez vous inscrire avant de commencer à facturer, ou au plus tard 60 jours après le début de votre activité. Notre conseil ? Ne jouez pas avec le feu. Inscrivez-vous dès que vous avez votre NIE et que vous savez que vous allez travailler en Espagne.

Les cotisations RETA : combien ça coûte vraiment ?

Ah, la question à 1 000 euros (littéralement). Depuis 2023, les cotisations RETA ne sont plus un taux flat pour tout le monde. Elles sont calculées sur vos revenus nets réels. Plus vous gagnez, plus vous payez. C’est progressif, comme l’impôt sur le revenu.

Bonne nouvelle : en 2026, les cotisations ont été gelées par rapport à 2025. Ça veut dire qu’elles n’augmentent pas cette année (petit miracle bureaucratique espagnol).

Voici le barème 2026 :

  • Vous gagnez €710 net/mois → vous payez €217/mois de RETA

  • Vous gagnez €1,300 net/mois → vous payez €347/mois

  • Vous gagnez €3,000 net/mois → vous payez €611/mois

  • Vous gagnez €6,000+ net/mois → vous payez €796/mois (plafond maximum)

Chaque trimestre, vous déclarez vos revenus réels, et si vous avez surestimé ou sous-estimé, la RETA ajuste automatiquement vos cotisations futures. Pas de mauvaise surprise a posteriori (enfin, en théorie).

Et qu’est-ce que ça vous donne en échange ?

Contrairement à la France où la micro-entreprise vous donne une protection sociale minimale, la RETA vous donne accès au système de sécurité sociale publique espagnole complet :

  • Santé publique : médecin généraliste, hôpitaux, urgences (pas besoin de mutuelle privée, même si beaucoup en prennent une pour éviter les files d’attente)

  • Retraite : cotisations pour votre pension future

  • Invalidité : couverture en cas d’accident ou maladie longue durée

  • Maternité/Paternité : congés payés si vous avez des enfants

C’est cher ? Oui. Mais au moins vous êtes couvert.

Comment s’inscrire ?

Vous avez trois options :

 

Option 1 : En ligne (pour les warriors du certificat digital)

Si vous avez déjà un certificat digital ou un système Cl@ve (identité numérique espagnole), vous pouvez tout faire en ligne sur le portail ImportaSS de la Seguridad Social. C’est rapide, efficace, et vous évite de prendre rendez-vous.

 

Option 2 : En personne (pour ceux qui aiment les files d’attente)

Prenez rendez-vous (cita previa obligatoire) aux bureaux locaux de la Tesorería General de la Seguridad Social (TGSS). Apportez tous vos documents (NIE, passeport, formulaire TA 0521 rempli), et un agent vous inscrit sur place.

 

Option 3 : Via un gestor (l’option intelligente)

Payez un gestor (comptable/conseiller fiscal espagnol) environ €50-100 pour qu’il fasse tout pour vous. Il remplit les formulaires, s’assure que tout est correct, et vous évite les erreurs. Franchement ? Ça vaut chaque centime. Vous gagnez du temps, vous évitez le stress, et vous êtes sûr que c’est bien fait.

Après l’inscription :

Vous recevez votre numéro d’affiliation RETA, et les cotisations commencent à être prélevées immédiatement sur votre compte bancaire espagnol (paiement mensuel automatique). Bienvenue dans le club des autónomos.

Pour plus de détails sur RETA : lire notre guide complet fiscalité autónomos

 

Étape 4 : Enregistrement Fiscal à Hacienda (Agencia Tributaria)

Si vous pensiez être tranquille après la RETA, désolé : il reste Hacienda.

Hacienda, c’est l’équivalent espagnol de l’administration fiscale française (genre les impôts, mais en espagnol et avec plus de soleil). Vous devez déclarer officiellement à Hacienda : « Hey, je commence une activité économique en Espagne, je vais facturer des clients, voilà mon code d’activité, voilà mon régime fiscal. »

 

Le formulaire magique : Modelo 036 (ou 037)

Vous allez devoir remplir le Modelo 036 (ou sa version simplifiée, le Modelo 037). C’est le formulaire de déclaration de début d’activité. Dedans, vous indiquez :

  • Votre NIE

  • Votre activité précise (code épígrafe IAE — par exemple, 8499 pour « Autres services professionnels » si vous êtes consultant)

  • Votre régime fiscal : estimación directa (régime réel avec déductions complètes) ou estimación objetiva (rare, pour certains secteurs spécifiques)

  • Votre régime IVA : généralement 21% pour les services, mais ça peut varier

  • La périodicité de vos déclarations IVA : trimestrielle (standard) ou mensuelle (si votre CA dépasse €6,000/mois)

Comment remplir ce truc ?

Honnêtement ? Ne le faites pas tout seul. Sérieusement. Le Modelo 036 est un labyrinthe bureaucratique de 8 pages avec des cases mystérieuses et des choix fiscaux qui peuvent vous coûter cher si vous vous trompez.

 

Passez par un gestor. Il connaît les cases à cocher, il sait quel régime fiscal choisir pour optimiser vos déductions, et il évite que vous déclariez accidentellement que vous vendez des tracteurs alors que vous êtes graphiste.

 

Coût : Gratuit (le formulaire). Le gestor vous facturera peut-être €50-100 pour le remplir et le soumettre.

 

Une fois enregistré :

Vous recevez vos premiers formulaires de déclaration :

  • Modelo 130 : déclaration trimestrielle IRPF (acomptes impôt sur le revenu)

  • Modelo 303 : déclaration trimestrielle IVA (TVA)

Et chaque année, vous ferez votre déclaration annuelle complète (Modelo 100 pour IRPF, Modelo 390 pour le résumé IVA).

Oui, c’est dense. Oui, c’est pour ça que les gestors existent.

Étape 5 : Ouvrir un compte bancaire espagnol

Ah, le compte bancaire. Vous pensiez pouvoir continuer avec votre compte Boursorama français et tout gérer depuis votre app ? Mauvaise nouvelle : en Espagne, il vous faut un compte bancaire espagnol.

Pourquoi c’est obligatoire ?

Parce que la RETA ne plaisante pas avec les prélèvements automatiques. Chaque mois, vos cotisations sociales seront prélevées directement sur votre compte bancaire espagnol. Pas de compte espagnol = pas de prélèvement = pas de RETA = vous êtes en infraction.

Et ce n’est pas tout. Vos paiements d’impôts (IRPF, IVA) doivent aussi passer par un compte espagnol. Idem pour recevoir vos paiements de clients espagnols en SEPA. Bref, vous allez en avoir besoin.

Les documents à apporter :

Les banques espagnoles adorent les documents. Préparez-vous à fournir :

  • Votre NIE (indispensable)

  • Votre passeport

  • Votre certificat de Padrón (pour prouver que vous vivez bien ici)

  • Une preuve d’activité : votre inscription RETA ou un contrat de travail

  • Parfois : un justificatif de revenus (bulletins de paie, factures récentes)

Quelle banque choisir ?

Vous avez deux grandes familles de banques :

Les banques traditionnelles : BBVA, Santander, CaixaBank, Sabadell. Elles sont partout, ont des agences physiques (pratique si vous avez besoin de parler à un humain), et proposent des comptes pros dédiés aux autónomos. Coût : généralement €10-20/mois, parfois gratuit la première année.

Les néobanques : N26, Revolut, Wise. Elles sont gratuites ou très bon marché, tout se fait en app, c’est rapide et moderne. Mais attention : certaines ne sont pas compatibles avec les prélèvements RETA (vérifiez avant). Et si vous avez un problème, bonne chance pour joindre un conseiller.

Notre conseil ? Commencez avec une banque traditionnelle espagnole pour votre activité autónomo (au moins pour les prélèvements RETA et fiscaux). Vous pourrez toujours ajouter une néobanque pour vos dépenses perso après.

Timing : Dès que vous avez votre NIE. Certaines banques acceptent même sans Padrón si vous insistez gentiment (ou si vous apportez des cookies).

Étape 6 : Trouver un gestor (et sauver votre santé mentale)

Parlons de la personne qui va devenir votre meilleur ami en Espagne : le gestor.

C’est quoi un gestor ?

Un gestor (ou asesor fiscal), c’est un mélange entre un comptable, un conseiller fiscal, un administrateur, et un psy. C’est la personne qui gère toute votre paperasse administrative et fiscale en Espagne. Déclarations trimestrielles, optimisation fiscale, questions RETA, relances Hacienda… il fait TOUT.

Pourquoi vous en avez absolument besoin ?

Parce que le système fiscal espagnol, c’est un peu comme un Rubik’s Cube en 4D. Vous avez :

  • Des déclarations trimestrielles multiples : Modelo 130 (IRPF), Modelo 303 (IVA)

  • Une déclaration annuelle : Modelo 100 (IRPF complet) et Modelo 390 (résumé IVA)

  • Des acomptes à payer régulièrement

  • Des déductions à optimiser (matériel, loyer, frais pro)

  • La possibilité de demander la Loi Beckham (mais avec une deadline de 6 mois fatale)

  • Des ajustements de cotisations RETA chaque trimestre selon vos revenus réels

Vous pensez vraiment pouvoir gérer tout ça seul, en espagnol administratif, avec des formulaires PDF de 12 pages ? Non. Vous ne pouvez pas. Et même si vous pouvez techniquement, vous n’avez pas envie de passer 10 heures par trimestre à remplir des cases incompréhensibles.

Un bon gestor, c’est :

  • Quelqu’un qui parle français (ou au moins anglais couramment si vous n’êtes pas encore fluent en espagnol)

  • Quelqu’un qui connaît les spécificités des expats français

  • Quelqu’un qui répond à vos emails/messages rapidement

  • Quelqu’un qui vous explique les choses clairement, pas en jargon fiscal

Combien ça coûte ?

Entre €50 et €150 par mois selon votre chiffre d’affaires et la complexité de votre situation. Parfois c’est un forfait annuel (€600-€1,800).

Oui, ça paraît cher. Mais pensez au temps que vous gagnez. Pensez aux erreurs que vous évitez. Pensez aux amendes que vous ne paierez pas. Et surtout, pensez à votre santé mentale.

Comment trouver un bon gestor ?

Le bouche-à-oreille, c’est la clé. Demandez dans les groupes Facebook d’expats français à Madrid ou Barcelone. Demandez à vos collègues freelances. Demandez au mec sympa que vous avez rencontré au coworking.

Il existe aussi des gestorías spécialisées pour étrangers, souvent bilingues, qui comprennent les questions fiscales franco-espagnoles (traité de double imposition, Loi Beckham, etc.).

Ce qu’un bon gestor fait pour vous :

  • Déclarations IRPF trimestrielles (Modelo 130)

  • Déclarations IVA trimestrielles (Modelo 303)

  • Déclaration annuelle IRPF (Modelo 100)

  • Résumé annuel IVA (Modelo 390)

  • Conseil sur toutes vos déductions possibles (et il en connaît que vous ignorez)

  • Application de la Loi Beckham si vous êtes éligible

  • Gestion des ajustements de revenus RETA

  • Réponses à toutes vos questions paniquées à 23h la veille d’une deadline

Timing : Trouvez un gestor avant ou en même temps que votre inscription RETA. Idéalement, c’est lui qui vous inscrit à la RETA et remplit votre Modelo 036. Vous commencez votre vie d’autónomo avec les bonnes bases.

Récapitulatif de la timeline (ou « dans quel ordre faire ce schmilblick ! »)

Parce qu’on sait que vous êtes perdus, voici l’ordre logique des étapes avec les timings recommandés :

Étape
Quand le faire
Coût
Durée
NIE
Avant arrivée ou J+1 en Espagne
~€10
1-14 jours
Padrón
Dès que vous avez un logement (J+15 max)
Gratuit
Immédiat
Compte bancaire
Dès que vous avez le NIE (J+7)
€0-20/mois
1-7 jours
Trouver gestor
Avant de vous inscrire à la RETA
€50-150/mois
Variable
RETA
Avant de facturer (max 60j après début activité)
€217-796/mois
Immédiat
Hacienda (036)
En même temps que RETA (via gestor)
Gratuit
Immédiat

Fiscalité autónomo en détail : IRPF, RETA et loi Beckham 2026

On arrive au cœur du sujet : combien allez-vous vraiment payer en impôts en Espagne ?

Parce que c’est bien joli de s’installer au soleil, mais si vous vous rendez compte que vous perdez 50% de vos revenus en taxes, vous risquez de regretter votre décision.

Bonne nouvelle : avec les bonnes informations (et un bon gestor), vous pouvez optimiser sérieusement votre fiscalité. Surtout si vous êtes éligible à la Loi Beckham.

Les trois impôts principaux de l’autónomo

En tant qu’autónomo en Espagne, vous allez payer trois types de charges :

  1. Cotisations RETA : vos cotisations sociales (santé, retraite, invalidité) — €217 à €796/mois selon revenus

  2. IRPF : l’impôt sur le revenu espagnol (Impuesto sobre la Renta de las Personas Físicas) — de 19% à 47% selon revenus

  3. IVA : la TVA espagnole (si applicable à votre activité) — généralement 21% pour les services

On va détailler chacun.

IRPF : l’impôt sur le revenu progressif (ou comment l’Espagne taxe vos profits)

L’IRPF, c’est l’équivalent espagnol de l’impôt sur le revenu français. C’est un impôt progressif : plus vous gagnez, plus le taux augmente.

Barème 2026 (tranches nationales) :

  • €0 – €18,000 : 19%

  • €18,001 – €35,000 : 24%

  • €35,001 – €60,000 : 30%

  • €60,001 – €300,000 : 37%

  • €300,001 – €750,000 : 45%

  • €750,001+ : 47%

À cela s’ajoutent des tranches régionales (cada comunidad autónoma a ses propres taux), mais globalement ça reste dans ces eaux-là.

La grande différence avec la micro-entreprise française :

En France, si vous êtes en micro-entreprise, vous payez un taux flat de 24,2% sur votre chiffre d’affaires brut. Pas de déductions possibles. Vous facturez €50,000 ? Vous payez €12,100. Point final.

En Espagne, c’est différent : vous pouvez déduire tous vos frais professionnels réels. Loyer de bureau, matériel informatique, logiciels, abonnements pro, déplacements, formations, assurances… tout ce qui est légitime pour votre activité.

Exemple concret :

Vous êtes graphiste freelance. Vous facturez €50,000/an.

Vos frais déductibles :

  • Loyer bureau (ou 20% de votre loyer perso si télétravail) : €2,400/an

  • Ordinateur + tablette graphique : €2,000/an

  • Abonnement Adobe Creative Cloud : €600/an

  • Internet et téléphone pro : €600/an

  • Assurance responsabilité civile pro : €300/an

  • Formation continue (cours Domestika, workshop) : €500/an

  • Total déductions : €6,400

Calcul IRPF :

  • Chiffre d’affaires : €50,000

  • Déductions : €6,400

  • Base imposable nette : €43,600

Sur cette base, vous payez l’IRPF progressif :

  • €0-€18,000 → 19% = €3,420

  • €18,001-€35,000 → 24% = €4,080

  • €35,001-€43,600 → 30% = €2,580

  • Total IRPF : €10,080

Ajoutez vos cotisations RETA (~€5,000/an pour ce niveau de revenus), et vous arrivez à environ €15,080 de charges totales, soit 30% de votre CA.

Pas mal, non ?

IVA : la TVA espagnole (ou comment facturer 21% de plus à vos clients)

Ah, l’IVA (Impuesto sobre el Valor Añadido), la TVA espagnole. Si vous avez déjà facturé avec de la TVA en France, vous connaissez le principe. Si non, accrochez-vous.

Le principe de base :

Quand vous facturez un client, vous ajoutez 21% de TVA (pour la plupart des services). Par exemple :

  • Votre prestation : €1,000

  • IVA 21% : €210

  • Total facture : €1,210

Vous encaissez les €1,210, mais vous ne gardez pas la TVA. Chaque trimestre, vous déclarez ce que vous avez collecté (€210) et ce que vous avez payé en TVA sur vos achats pro (disons €50 pour un logiciel). Vous reversez la différence à Hacienda : €210 – €50 = €160 à payer.

Seuil d’exonération :

Si votre chiffre d’affaires annuel est inférieur à €9,000, vous pouvez bénéficier de la franchise de TVA. Ça veut dire : pas besoin de facturer l’IVA, pas de déclaration trimestrielle. Simple et efficace.

Mais dès que vous dépassez €9,000 (ce qui arrive vite), vous devez vous enregistrer à l’IVA et commencer à facturer 21% en plus.

Les taux d’IVA 2026 :

  • 21% : taux standard (services de conseil, design, développement web, marketing, etc.)

  • 10% : taux réduit (certains services culturels, tourisme)

  • 4% : taux super-réduit (alimentation de base, livres, médicaments)

  • 0% : exonération (santé, éducation, services financiers)

Pour la plupart des freelances, c’est 21% qui s’applique.

Déclarations IVA :

Chaque trimestre, vous remplissez le Modelo 303 (ou votre gestor le fait pour vous). Vous déclarez :

  • Ce que vous avez facturé (IVA collecté)

  • Ce que vous avez acheté avec TVA (IVA déductible)

  • Vous payez la différence (ou vous récupérez un crédit si vous avez plus dépensé que collecté)

En fin d’année, vous faites un récapitulatif annuel avec le Modelo 390.

Bon à savoir : Si vous facturez des clients hors Espagne (France, Allemagne, etc.), les règles changent. Généralement, vous facturez sans IVA (autoliquidation : c’est le client qui gère la TVA dans son pays). Mais attention, ça dépend du type de client (B2B ou B2C) et du pays. Votre gestor vous expliquera tout ça.

 

La loi Beckham : le régime fiscal pour salariés et entrepreneurs innovants (pas pour autónomos classiques)

Et maintenant, parlons du fameux régime fiscal que tout le monde mentionne : la Loi Beckham (ou régimen especial para trabajadores desplazados).

Attention : contrairement à ce qui circule sur Internet, la plupart des freelances/autónomos NE PEUVENT PAS en bénéficier. Mais expliquons pourquoi, et qui peut vraiment y accéder.

C’est quoi la loi Beckham ?

C’est un régime fiscal ultra-avantageux créé en 2005 pour attirer les talents étrangers en Espagne (d’où le nom : David Beckham en a profité quand il a signé au Real Madrid).

Les avantages :

  • Au lieu de payer l’IRPF progressif (19-47%), vous payez un taux forfaitaire de 24% sur vos revenus espagnols, pendant 6 ans

  • Vos revenus étrangers (placements, locations, dividendes hors Espagne) sont totalement exonérés d’impôt en Espagne

  • Pas de Modelo 720 (déclaration des actifs étrangers) obligatoire

C’est clairement très avantageux. Mais qui peut vraiment en profiter ?

Qui peut accéder à la loi Beckham ? 

✅ PEUVENT accéder à Beckham :

  1. Les salariés d’une entreprise espagnole

    • Vous avez un contrat de travail (contrato laboral) avec une entreprise basée en Espagne

    • Vous êtes employé, pas indépendant

    • L’entreprise vous a fait venir d’un autre pays

  2. Les directeurs/cadres supérieurs

    • Vous occupez un poste de haute direction (CEO, CFO, directeur général)

    • Vous détenez moins de 25% du capital de l’entreprise

    • Vous avez un contrat de travail formel

  3. Les entrepreneurs innovants avec certification ENISA

    • Vous créez une startup/entreprise innovante en Espagne

    • Vous obtenez une certification ENISA (Empresa Nacional de Innovación) prouvant que votre activité est d’intérêt économique spécial

    • C’est réservé aux projets tech scalables, pas aux freelances classiques

  4. Les travailleurs avec visa Digital Nomad

    • Vous avez un contrat de travail avec un employeur étranger (hors Espagne)

    • Vous travaillez en télétravail depuis l’Espagne

    • Vous êtes ressortissant non-EU (USA, Canada, etc.)

❌ NE PEUVENT PAS accéder à Beckham :

  1. Les autónomos/freelances classiques

    • Développeurs web freelance

    • Consultants indépendants

    • Designers, graphistes, rédacteurs

    • Traducteurs, coachs, formateurs

    • Tous les freelances sans certification ENISA

Pour plus de détails sur la fiscalité Beckham : lire notre guide complet loi Beckham

Alors, que faire si vous êtes freelance français ?

Vous avez 3 options :

Option 1 : Devenir salarié d’une entreprise espagnole ✅ Beckham possible

Si vous trouvez un employeur espagnol qui vous embauche (CDI), vous pouvez accéder à Beckham. C’est la voie la plus simple.

Conditions strictes :

  • Pas résident fiscal Espagne les 5 ans avant ✅

  • Contrat de travail espagnol (contrato laboral) ✅

  • Application dans les 6 mois après signature contrat ⚠️ DEADLINE CRITIQUE

Combien vous gagnez avec Beckham en tant que salarié ?

Exemple : Vous êtes embauché à €60,000 brut/an par une startup tech à Barcelone.

Sans Beckham (régime normal) :

  • Salaire brut : €60,000

  • Cotisations salariales (~6%) : €3,600

  • Salaire net avant impôt : €56,400

  • IRPF progressif (~20-25%) : €11,280-€14,100

  • Salaire net final : €42,300-€45,120

Avec Beckham :

  • Salaire brut : €60,000

  • Cotisations salariales (~6%) : €3,600

  • Salaire net avant impôt : €56,400

  • IRPF Beckham 24% : €13,536

  • Salaire net final : €42,864

Gain Beckham : +€0 à €2,256/an (selon tranche)

Sur un salaire plus élevé (€100k brut), le gain devient beaucoup plus significatif :

  • Sans Beckham : IRPF ~€28,000 (30-37%)

  • Avec Beckham : IRPF €24,000 (24%)

  • Gain : €4,000/an

Option 2 : Créer une startup innovante et obtenir certification ENISA ⚠️ Difficile

Si vous créez une entreprise vraiment innovante (tech, IA, biotech, greentech, etc.) avec un business plan solide, vous pouvez demander une certification ENISA.

Procédure :

  • Préparez dossier complet (business plan, innovation proposée, impact économique Espagne)

  • Soumettez à ENISA pour évaluation

  • Si approuvé → vous pouvez accéder à Beckham en tant qu’entrepreneur

Réalité : C’est pour des vraies startups scalables, pas pour un développeur web qui facture des sites WordPress ou un consultant qui vend du conseil stratégie classique.

Option 3 : devenir autónomo espagnol et accepter le régime IRPF progressif normal (19-47%) ✅ Réaliste

La majorité des freelances français en Espagne sont dans cette catégorie : autónomos avec régime fiscal normal.

Pas de Beckham, mais :

  • Déductions fiscales complètes (loyer, matériel, logiciels, formations, etc.)

  • IRPF progressif : si vous gagnez €50-70k, votre taux moyen tourne autour de 24-28% (pas si différent de Beckham finalement)

  • Accès santé publique via RETA

C’est moins sexy que Beckham, mais c’est la réalité légale pour 90% des freelances.

Combien paient vraiment les Français devenus autónomos en Espagne ? 3 profils concrets

Pour vous donner une idée précise de ce que vous allez payer en tant qu’autónomo en Espagne, voici 3 profils réels de freelances français qui ont fait le saut. Chiffres 2026, régime IRPF progressif normal (sans loi Beckham, puisque les autónomos classiques n’y ont pas accès).


Profil 1 : Sophie, développeuse web (€55,000 CA/an)

Son histoire :

Sophie, 32 ans, développe des applications web en React et Node.js pour des startups européennes. Après 4 ans en micro-entreprise à Paris, elle en avait assez de payer €1,500/mois pour 28m² dans le 11ème arrondissement. Elle s’est installée à Valence en mars 2026, attirée par le climat méditerranéen, la proximité de la plage, et un coût de la vie bien plus raisonnable.

Son CA annuel : €55,000. Elle visait €60k mais a eu un mois creux en février. En France, la micro-entreprise lui convenait parfaitement : déclarations simples, taux flat de 24,2%, pas de comptable. Mais elle savait qu’en vivant 183+ jours en Espagne, elle devait fermer sa micro française et devenir autónomo.

Sa situation fiscale en Espagne :

  • CA : €55,000

  • Déductions professionnelles (MacBook Pro, écrans 4K, abonnements GitHub/Vercel/Netlify, coworking 2j/semaine, formations Udemy, assurance RC Pro) : €6,900

  • Revenus nets imposables : €48,100

Ses charges annuelles :

RETA (cotisations sociales) :

  • Revenus €48,100/an = €4,008/mois

  • Cotisation RETA gelée 2026 : environ €450/mois = €5,400/an

  • En contrepartie : accès santé publique espagnole, retraite, invalidité

IRPF (impôt sur le revenu progressif) :

  • €0-€18,000 → 19% = €3,420

  • €18,001-€35,000 → 24% = €4,080

  • €35,001-€48,100 → 30% = €3,930

  • Total IRPF : €11,430

Total charges annuelles : €16,830
Revenu net disponible : €38,170
Taux de prélèvement effectif : 30,6%

Comparaison avec la France (micro-entreprise) :

  • France : €55,000 × 24,2% = €13,310 charges → €41,690 net

  • Espagne : €38,170 net

  • Perte : -€3,520/an (-8,4%)

Sophie perd environ €300/mois par rapport à sa micro-entreprise française. Mais son loyer a baissé de €700/mois (€8,400/an économisés), elle mange mieux pour moins cher, et elle ne prend plus le métro bondé tous les jours. Son gestor lui a également précisé que si son CA monte à €80k+ dans 2 ans (objectif réaliste), elle sera largement gagnante fiscalement, car elle devrait alors passer en EIRL ou SARL en France avec des charges bien plus lourdes.


Profil 2 : Marc, consultant en stratégie digitale (€85,000 CA/an)

Son histoire :

Marc, 45 ans, consultant senior en transformation digitale et stratégie. Il était en portage salarial en France depuis 5 ans, principalement pour la sécurité : droit au chômage complet, retraite de salarié, mutuelle d’entreprise. Mais après avoir calculé ce qu’il touchait réellement, il a été choqué.

Sur €85,000 facturés annuellement à ses clients (France, Belgique, Suisse), voici ce qu’il recevait :

  • Frais de gestion portage (8%) : -€6,800

  • Cotisations patronales (42%) : -€32,844

  • Cotisations salariales (22%) : -€17,204

  • Impôt sur le revenu : -€6,000

  • Net final : environ €28,500

Il touchait 33,5% de ce qu’il facturait. Après 5 ans, il en a eu assez et s’est installé à Madrid en janvier 2026.

Sa situation fiscale en Espagne :

  • CA : €85,000

  • Déductions professionnelles importantes (coworking premium, nombreux déplacements clients Europe, MacBook Pro + iPad, logiciels SaaS multiples, formations MBA modules, assurance RC Pro) : €12,000

  • Revenus nets imposables : €73,000

Ses charges annuelles :

RETA :

  • Revenus €73,000/an = €6,083/mois

  • Cotisation RETA : environ €700/mois = €8,400/an

IRPF :

  • €0-€18,000 → 19% = €3,420

  • €18,001-€35,000 → 24% = €4,080

  • €35,001-€60,000 → 30% = €7,500

  • €60,001-€73,000 → 37% = €4,810

  • Total IRPF : €19,810

Total charges annuelles : €28,210
Revenu net disponible : €56,790
Taux de prélèvement effectif : 33,2%

Comparaison avec la France (portage salarial) :

  • France portage : €28,500 net

  • Espagne autónomo : €56,790 net

  • Gain : +€28,290/an (+99,3%) 🎯

Marc a littéralement doublé son revenu net en passant d’un système de portage salarial français à autónomo espagnol. Certes, il perd le droit au chômage français et la retraite française de salarié, mais avec €28k de plus par an, il peut se constituer sa propre épargne et bénéficie de la couverture RETA espagnole (santé publique, retraite autónomo).


Profil 3 : Camille, experte en marketing (€150,000 CA/an)

Son histoire :

Camille, 40 ans, experte en stratégie. Elle travaille pour des scale-ups européennes et américaines, principalement en missions de conseil stratégique facturées entre €1,000 et €1,500/jour. Après 15 ans à Paris dont 10 en indépendante, elle en avait assez de la complexité fiscale française et du rythme épuisant de la capitale.

Elle était en EURL avec optimisation fiscale maximale : mix salaire + dividendes pour minimiser l’impôt. Elle payait un expert-comptable €3,000/an pour gérer IS (impôt sur les sociétés), cotisations TNS, et arbitrage salaire/dividendes. Au final, elle gardait environ €90,000 net sur €150,000 de CA.

Elle s’est installée à Madrid en janvier 2026, attirée par le dynamisme entrepreneurial de la ville (hub tech européen en pleine expansion), le coût de la vie raisonnable pour une capitale, et 300 jours de soleil par an.

Sa situation fiscale en Espagne :

  • CA : €150,000

  • Déductions professionnelles importantes (coworking premium, nombreux déplacements internationaux clients, matériel haut de gamme, multiples logiciels marketing/analytics, formations executive MBA, conférences internationales, assurance complète) : €18,000

  • Revenus nets imposables : €132,000

Ses charges annuelles :

RETA :

  • Revenus €132,000/an = €11,000/mois

  • Cotisation RETA maximum plafonné : €796/mois = €9,552/an

  • Note : Au-delà de €6,000/mois de revenus, la RETA est plafonnée au maximum

IRPF :

  • €0-€18,000 → 19% = €3,420

  • €18,001-€35,000 → 24% = €4,080

  • €35,001-€60,000 → 30% = €7,500

  • €60,001-€132,000 → 37% = €26,640

  • Total IRPF : €41,640

Total charges annuelles : €51,192
Revenu net disponible : €98,808
Taux de prélèvement effectif : 34,1%

Comparaison avec la France (EURL optimisée) :

  • France EURL : €90,000 net (après optimisation IS + dividendes + expert-comptable)

  • Espagne autónomo : €98,808 net

  • Gain : +€8,808/an (+9,8%)

Camille gagne presque €9,000 de plus par an, et surtout elle a simplifié radicalement sa vie administrative. Plus besoin de jongler entre salaire et dividendes, plus de double imposition à gérer, plus d’expert-comptable à €3,000/an. Son gestor à Madrid lui coûte €150/mois et gère toutes ses déclarations trimestrielles et annuelles. Elle vit dans un appartement de 120m² avec terrasse pour €2,000/mois (vs 60m² à €2,800 à Paris), et profite d’une scène tech ultra-dynamique.


Observations clés :

  • Le taux de prélèvement effectif se stabilise autour de 30-35% pour des revenus de €50k à €150k

  • Les autónomos avec CA modéré (< €60k) perdent légèrement vs micro-entreprise française, mais gagnent en qualité de vie et en perspectives de croissance

  • Les autónomos ex-portage salarial gagnent massivement (+99% pour Marc)

  • Les autónomos ex-SARL/EURL gagnent modérément (+10% pour Camille) mais simplifient énormément leur gestion

Sources

Sources officielles espagnoles

Sur le statut d’autónomo et RETA :

Sur la fiscalité et IRPF :

Sur la loi Beckham (régimen especial impatriados) :

Sur la résidence fiscale et traité France-Espagne :

Sur le NIE et padrón :

Sur le visa Digital Nomad (pour non-EU) :


Sources officielles françaises

Sur la micro-entreprise et statut auto-entrepreneur :

Sur l’expatriation et résidence fiscale :

Sur le formulaire A1 (détachement temporaire) :

Sur le portage salarial :

Sur le traité de double imposition France-Espagne :

Sur la Sécurité sociale et Europe :